La Radio Télévision Communautaire Candip fête ses 40 ans.

UncategorizedPublished March 7, 2017 at 12:27 pm No Comments

Chaque 1er mars, la Radio Télévision Communautaire Candip, ex-Radio Candip, fête sa création depuis 1977, à Bunia dans la Province de l’Ituri en République Démocratique du Congo.

Cette année, une grande cérémonie a eu lieu à son siège à Mudzi Pela, un des quartiers de la ville de Bunia. Le Directeur de cette Radio, Michel Angaika a évoqué les multiples difficultés dans lesquelles le travail se fait, surtout en rapport avec les matériels d’émissions. « il y a des aspect qu’il faut encore améliorer, surtout les équipements », a affirmé le Directeur de la Radio Candip.

Le Directeur de l’ISP Bunia, l’institution qui gère la radio, déclare qu’il ya encore d’énormes défis à relever, notamment celle de la concurrence, dans le milieu.

Pour les observateurs, la radio devra encore travailler plus, pour être puissante comme à l’époque où elle a été la première dans toute la partie Est de la République Démocratique du Congo. Les auditeurs déplorent quant à eux, les multiples coupures de courant électrique offert par la centrale hydro électrique de Budana, qui pénalisent certaines émissions préférées des auditeurs.

A en croire au site http://www.nzdl.org, La Radio au départ, le CANDIP est un centre d’animation et de diffusion pédagogique créé au sein de l’Institut supérieur de pédagogie (ISP) de Bunia, ville du Nord-Est du Zaïre, l’une des régions les plus peuplées du pays.

Suite à la réalisation d’émissions scolaires, la radio est créée en 1977, dans le but de contribuer au développement économique, social et humain des populations rurales. On veut ici utiliser tous les moyens possibles pour faire participer les villageois aux émissions et mettre un terme à l’écoute passive.

Le contexte politique n’est pas favorable à de telles propositions mais Radio-CANDIP réussit à vivre en marge du monopole de l’Office zaïrois de radiodiffusion et de télévision (OZRT).

La couverture pédagogique de l’ISP lui assure une véritable autonomie, mais les avertissements des autorités menacent toujours. Pourtant l’intérêt populaire est tel qu’il est impossible de freiner la diffusion de cet outil de communication privilégié.

En effet, pour l’équipe du CANDIP, la participation n’est pas un mot vide de sens:

«- la radio donne et reçoit; 
- la population reçoit et donne; 
- le dialogue population-radio est la nourriture de base de la radio; 
- sans participation active des auditeurs, la radio est condamnée à mourir de faim; 
- envoyez-nous des cassettes reflétant votre vie, vos doutes et vos questions; 
- parlez de vos besoins, de vos activités, de vos projets. Mieux, réalisez vous-mêmes vos émissions.»

Pour concrétiser cet appel, les organisateurs s’appuient notamment sur les radio-clubs et les mini-studios.

 Plus de sept cents radio-clubs

Un radio-club est un groupe de personnes qui se réunissent pour écouter ensemble, pour discuter du contenu des programmes et passer à l’action. Les radio-clubs naissent souvent autour d’un leader dynamique, lorsque des mouvements sociaux ont préparé le terrain ou que l’initiative des voisins a pris valeur d’exemple. Les différents acteurs sociaux doivent y être représentés, mais CANDIP insiste sur la présence des femmes, des partenaires du développement et, si possible, d’une autorité locale.

Tout le monde peut fonder un radio-club, la seule condition c’est cette volonté «d’écouter avec les jambes» et de travailler pour le développement. Les séances sont actives; on y compare le message de la radio avec la situation du village, ce qui permet de déterminer les besoins et de formuler les projets en respectant le principe de l’autosuffisance. On discute et on échange, en envoyant à la radio des rapports écrits et des cassettes où l’on témoigne et questionne. De multiples réalisations ont vu le jour: aménagement de sources d’eau potable, développement des arbres fruitiers et du maraîchage, construction de dispensaires…, autant de résultats dus à ces paroles que la radio a su écouter et donner à partager pour que les expériences des uns servent aux autres.

L’écoute au village

Ce rapport de réciprocité immédiate ne va pas de soi; les animateurs de la radio l’entretiennent également par des visites régulières sur le terrain qui font l’objet d’une préparation coordonnée entre les deux parties, provoquent un événement bien orchestré et se traduisent ensuite en documents écrits, sonores et visuels (reportage photo, par exemple). Ces visites constituent pour chacun une occasion de faire le point, de se relancer et d’évaluer les travaux entrepris.

Les clubs connaissent des hauts et des bas où alternent activité intense et crises. Parmi les principaux facteurs de régression, on mentionne: la méfiance ou l’hostilité des autorités locales, le départ du responsable, le manque de suivi dans les réalisations et, tout simplement, la jalousie entre les membres.

Pourtant, en 1987, plus de dix ans après sa création, Radio-CANDIP compte 749 radio-clubs pour six groupes linguistiques: handé, lendu, alur, swahili, lugbara et lingala.

” Les mini-studios

En 1983, des mini-studios sont implantés afin de donner toute leur place aux enregistrements sonores effectués sur le terrain, sachant combien il est important que toute une population puisse exprimer ses sentiments directement et à sa manière.

Un mini-studio est un radio-club qui marche très bien et qui dispose d’un magnétophone à cassettes plus sophistiqué avec lequel ses membres enregistrent des éléments sonores expédiés à Bunia pour enrichir les émissions participatives. Trait d’union entre le CANDIP et les radio-clubs, le mini-studio structure également la relation entre les clubs de son secteur. Il stimule leur collaboration dans le cadre de projets communs, organise des sessions de formation à leur intention, anime le réseau.

L’installation d’un mini-studio s’effectue en fonction de conditions très précises. Le radio-club doit notamment avoir fait ses preuves pendant plusieurs années par des réalisations pour le développement et par un courrier régulier. En outre, il doit fournir les piles et s’engager à envoyer au moins une cassette par mois.

Les mini-studios recueillent des témoignages qui sont une source d’informations renouvelées sur la vie quotidienne des villages. Ainsi, un médecin traditionnel raconte l’histoire d’un enfant malade et indique comment il doit combattre des croyances et coutumes afin de faire progresser la santé. Une mère explique comment elle a guéri son fils de la maladie du kwashiorkor en utilisant du soja, Elle raconte son expérience comme elle le ferait à ses amies, elle emploie les mêmes mots et détails parce qu’elle parle au micro du mini-studio, c’est-à-dire dans un univers quotidien, installé au village, hors de la présence ou de la médiation de spécialistes. Ces exemples vécus touchent l’émotion et portent naturellement à l’imitation.

Les cassettes adressées au CANDIP par les mini-studios font le lien entre tradition orale et communication moderne, ce sont elles qui font remonter les éléments du patrimoine culturel indispensables à la survie de la radio. Les mini-studios utilisent tous les registres traditionnels pour donner une âme aux documents qu’ils adressent à l’organisme central. Ainsi, à titre d’exemple:

” La palabre

Différentes personnes, réunies à l’ombre du manguier, disent ce qu’elles pensent d’un sujet d’actualité: la démocratie, l’échec scolaire, le travail des femmes, la hausse des prix, etc. Les interventions principales sont enregistrées et expédiées sur CANDIP qui en effectue le montage.

” Les sketches

Ils doivent «ouvrir les yeux, les oreilles et la bouche des auditeurs». A partir d’un thème lié aux priorités du village, le sketch traite d’une situation vécue et fait appel aux talents des acteurs locaux.

” Les contes

Ces récits ont généralement été conçus dans une intention didactique, ils sont donc particulièrement intéressants pour qui veut instruire autant que divertir. La morale de l’histoire indique, sous forme de proverbe, le chemin à suivre pour mieux vivre.

Des concours de sketches, chansons, devinettes sont organisés. Les meilleures réussites sont envoyées au CANDIP qui les diffusera sur les ondes et les conservera pour les réutiliser. Ce sont ces genres narratifs, ces détours poétiques, ces mises en scène et jeux de langage qui créent l’ambiance que l’on retrouve dans les émissions ouvertes aux mini-studios:

” Les émissions participatives

Elles sont réalisées pour et par la population à partir des cassettes et courriers. C’est le public qui détermine leur contenu: témoignages de réalisations, réponses aux questions posées, enquêtes, conseils… Les villageois parlent, les animateurs ne sont plus que des intercesseurs et se chargent seulement du montage des éléments sonores et écrits.

” Les émissions de base pour le développement

Ce sont des programmes hebdomadaires d’une demi-heure qui passent dans toutes les langues et sous deux grandes rubriques: «femme-famille» et «développement». La participation des services de l’Etat est sollicitée et les mini-studios sont invités à proposer des sujets pour l’année, puis à en choisir un pour le prendre complètement en charge et le traiter librement à l’antenne.

” Les microprogrammes

Ils sensibilisent sur les principes de base du développement communautaire et sont conçus selon le schéma des spots publicitaires. Ce sont des flashes très courts destinés à «surprendre, éclairer et laisser des traces dans la mémoire». Les microprogrammes sont diffusés à tout moment, se répètent et portent sur des thèmes aussi divers que: vaccination, agriculteurs, alphabétisation, soja, poules, reboisement, radio-clubs, participation… Ils sont contrôlés par des spécialistes, mais il arrive que les mini-studios les composent, les chantent ou les adaptent à travers proverbes et devinettes.

Depuis 1986 les responsables de la radio organisent tous les deux ans une session de formation et d’évaluation des mini-studios, eux-mêmes chargés d’encadrer les radio-clubs de leurs environs. En 1991, on compte 148 mini-studios: 62 ont été installés dans des écoles et 86 (dits «socio-culturels») ont été créés au sein des radio-clubs, villageois. Enfin Jambo, un «journal rural pour le développement», crée un lien entre les différents partenaires de CANDIP en diffusant des nouvelles, en langues nationales et locales, sur la radio et la vie des radio-clubs et des mini-studios.

Depuis le retrait de la coopération belge, en 1990, Radio-CANDIP travaille dans la tourmente. Le mauvais état des routes bloque les circulations, le courrier ne fonctionne plus, les grèves se multiplient et le pays est paralysé. La radio, elle, n’a plus de budget d’activité. Elle tient grâce à l’appui d’ONG avec lesquelles le père Pickery, un des fondateurs de Radio-CANDIP, négocie surtout des programmes d’alphabétisation. Toutefois, les cassettes continuent d’arriver coûte que coûte. En 1991, 40% des mini-studios n’envoient plus rien, mais en 1992 les plus persévérants expérimentent des systèmes de piles rechargeables par énergie solaire. En 1993, le dénuement s’accroît et le découragement gagne; les nouvelles de Radio-CANDIP se font rares. On ne peut que s’interroger sur l’existence à venir de cette radio précurseur.

Jambo

Reste en tous cas la prophétie du père Pickery: « On travaille pour le développement avec ceux qui veulent et nous nous arrêterons le jour où il n’y aura plus besoin de radio (…)

Chacun a le droit d’utiliser les médias, de donner de ses nouvelles aux autres, d’expliquer ses idées et ses expériences. C’est le droit à la communication.

Le paysan enfermé dans son village, 
sortira de l’ombre et de l’anonymat, 
s’ouvrira à des horizons plus larges. 
Sa voix silencieuse passera dans les villages 
environnants et beaucoup plus loin 
Le paysan doit avoir sa radio pour son progrès. 
Il a droit à cette communication. (1)»

 

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